Récits curieuxLE TEMPS D’UNE HISTOIRE
AventureTrois contrôles, deux jours et une porte qui trompe les regards

La balise de l’arche fendue

Mara, Joss et Nadir s’élancent dans une épreuve d’orientation sur le plateau désertique de Sarn. Une arche semble les attendre au bout du mauvais chemin. Pour trouver les trois balises et rentrer dans les temps, leur équipe devra changer de route et de meneur.

Texte créé et révisé avec l’intelligence artificielle. Notre démarche

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Les chapitres de cette histoire
  1. 1. Trois noms sur une bande rouge
  2. 2. La mauvaise porte
  3. 3. La manche rouge
  4. 4. Deux arches
  5. 5. Le talon de Nadir
  6. 6. La place dans le véhicule
  7. 7. La ligne qu’il manquait

1. Trois noms sur une bande rouge

Joss avait promis un désert silencieux. À huit heures du matin, Mara entendait surtout un groupe électrogène, quelqu’un qui cherchait une chaussure et Nadir qui accusait une fermeture éclair de mauvaise volonté. Le soleil dépassait la crête de Sarn. Entre les tentes, les six équipes terminaient de préparer leurs sacs pour le Tour des Trois Portes.

Le plateau s’étendait au nord du camp de départ. Une grande table rocheuse le divisait presque en deux, avec une falaise à l’ouest et des vallons plus ouverts à l’est. Trois contrôles étaient dispersés autour : le Puits Sec, l’Arche Fendue, la Dent Rouge. Il fallait les rejoindre dans l’ordre choisi, faire marquer le carnet de l’équipe, passer la nuit au camp intermédiaire et revenir avant dix-huit heures le lendemain. Les zones autorisées, les itinéraires de repli et les rendez-vous avec l’organisation figuraient sur la carte.

Mara relut les noms pendant que Joss serrait les sangles. Elle travaillait dans un atelier de décors et avait passé dix semaines à préparer cette marche avec lui et Nadir. Elle connaissait leurs pas sur les sentiers près de chez eux. Le sable clair qui entrait déjà dans ses chaussures transformait cependant cette expérience en quelque chose de neuf.

Nadir, vingt-huit ans, bibliothécaire et coureur du dimanche, tendit enfin son sac fermé à Joss.

— Si tu l’ouvres encore pour vérifier, tu le portes.

— Je vérifiais seulement les vivres.

— Tu as mangé une barre.

— J’en ai contrôlé la qualité.

L’organisatrice, Éline, les réunit une dernière fois. Les points d’eau étaient au départ, au Puits Sec et au camp intermédiaire ; la seconde journée demanderait de partir avec les réserves prévues au briefing. Le camp de nuit devait être rejoint avant dix-huit heures. Les balises du jeu, rouges et blanches, ne servaient pas à tracer un chemin continu. Chacun gardait son dispositif d’appel pour l’organisation, utilisable en cas de besoin. Les équipes devaient rester ensemble.

Une femme aux cheveux très courts passa près d’eux avec son partenaire. Elle salua Mara, puis regarda Joss.

— Tu as apporté une carte, cette fois ?

— Et toi, une conversation agréable ?

La femme sourit et rejoignit la ligne de départ. Joss expliqua qu’elle s’appelait Vika. Ils avaient déjà participé ensemble à une épreuve, longtemps auparavant. Mara attendit la suite ; il vérifia une boucle de son sac.

Éline noua une bande rouge portant leurs trois prénoms autour du carnet de contrôle. Joss le prit, puis le tendit à Mara.

— Tu nous empêcheras de le perdre.

Elle le glissa dans sa poche. À huit heures trente, ils partirent vers le Puits Sec, avec une ombre immense devant eux et deux jours encore intacts.

2. La mauvaise porte

À onze heures trente, ils atteignirent le Puits Sec. Un bénévole leur donna de l’eau et poinçonna le carnet. Mara s’attarda à regarder les trous minuscules : la première preuve qu’ils ne s’étaient pas entraînés pendant dix semaines pour rien.

Joss, lui, regardait Vika replier sa carte.

— Ils prennent le nord. Comme nous.

Leur itinéraire devait contourner la grande table rocheuse pour atteindre l’Arche Fendue sur son versant est, puis redescendre au camp. Mara voulut reprendre les distances. Joss montra le dos de Vika, déjà engagé sur le sentier, et remit son sac.

— Elle connaît.

— Toi aussi, il paraît, dit Nadir.

Joss fit semblant de ne pas entendre. Ils partirent derrière l’autre équipe, puis la perdirent de vue à une bifurcation. Des traces tournaient à gauche, vers l’ouest, alors que leur passage partait au nord. Joss affirma qu’il y aurait une jonction derrière le relief.

Mara le suivit. Elle avait assez protesté pendant la matinée et ne voulait pas passer deux jours à jouer la personne raisonnable.

Vingt minutes plus tard, un portique de pierre apparut. Joss leva le bras avec un cri de victoire. De loin, il ressemblait à l’arche dessinée dans leur carnet ; de près, il n’y avait ni balise ni fissure.

Ils cherchèrent tout de même. Mara se glissa derrière un bloc, les mains contre la roche chaude. Nadir regardait la carte sans avancer. Joss trouva une ancienne attache métallique et les appela.

— Elle était là. Quelqu’un l’a enlevée.

Il parla du morceau de tissu rouge aperçu dans la poche de Vika. Mara sentit une irritation plus vive que la fatigue : il préférait déjà accuser quelqu’un plutôt que reprendre le chemin.

Elle posa le carnet contre la pierre.

— Viens voir.

— Je viens de te montrer…

— Le dessin, Joss.

La légende disait « vue depuis l’est ». Ils se trouvaient du mauvais côté du plateau. L’ombre prise pour une fissure ne traversait rien ; au-dessus d’eux, le portique était d’un seul tenant.

Il s’assit. Mara regarda l’heure : quatorze heures dix. S’ils repartaient chercher l’arche, ils risquaient de manquer le contrôle du camp de nuit. Le sentier du bas, en revanche, les y conduirait directement.

— On laisse tomber celle-ci, dit-elle.

Joss voulut répondre, puis regarda Nadir. Celui-ci avait déjà remis son sac.

Dans le passage étroit qui les ramenait à la bifurcation, personne ne parla. Mara pensait au moment où elle avait suivi les traces sans insister. Elle aurait préféré pouvoir lui en vouloir entièrement.

3. La manche rouge

Ils arrivèrent au camp à seize heures cinquante. Mara vida du sable de ses chaussures, puis de ses chaussettes. Elle avait les pieds si sensibles qu’elle resta assise un moment à regarder la distance jusqu’au point d’eau.

Vika réparait sa bretelle avec le tissu rouge. C’était une manche déchirée de sa chemise.

— Vous avez trouvé la porte à l’ouest ? demanda-t-elle.

Joss s’arrêta devant elle.

— Tu aurais pu nous prévenir.

— Que tu suivais le mauvais itinéraire ? Je savais pas que tu me suivais.

Elle était venue au camp par le sentier du bas et gardait les deux autres balises pour le lendemain. Joss n’avait aperçu que le début de son trajet.

Mara alla chercher trois bols. En revenant, elle demanda ce qui s’était passé pendant leur ancienne course. Joss raconta une erreur de carte, du retard, une arrivée hors classement. Vika l’écouta les bras croisés.

— Tu avais dit que je te ralentissais.

— Oui.

— C’est pas pour ça qu’on nous a sortis du classement.

Il remua son repas. Mara attendit qu’il poursuive, mais il avait déjà ouvert la carte du lendemain. Elle le laissa faire. Elle avait faim, mal aux pieds et besoin de croire qu’ils pouvaient encore terminer.

Ils préparèrent une autre approche par une selle au sud du plateau, donnant accès aux vallons orientaux. Mara mènerait ; Nadir vérifierait les repères. Joss s’occuperait de l’heure et des pauses.

— Je sais encore lire, dit-il.

— Alors tu nous diras ce que tu vois. Tu ne partiras pas avant qu’on ait regardé aussi.

Vika montra l’entrée du passage sur la carte, puis rejoignit son partenaire. Joss lui demanda l’heure de son départ et attendit, cette fois, qu’elle ait fini de répondre.

Plus tard, Mara sortit de la tente. Le plateau avait disparu dans la nuit ; les étoiles occupaient un espace qu’elle n’avait pas imaginé si vaste. Elle commençait enfin à retrouver le voyage qu’elle avait espéré lorsqu’elle entendit Nadir l’appeler. Joss avait pris sa fermeture éclair dans une chaussette.

— Bouge pas, dit-elle en se baissant.

— C’est apparemment devenu ma fonction dans l’équipe.

Elle rit malgré elle et dut recommencer à tirer le tissu.

4. Deux arches

Le matin, Joss annonça la première pause avant qu’on la lui demande. Mara posa son sac avec reconnaissance. Elle avait commencé à inventer une raison de consulter la carte pour ne pas avouer qu’elle voulait s’arrêter.

La selle se cachait derrière un bloc. Ils virent d’abord deux passages possibles, puis le bon en arrivant au pied de la pente. Nadir montra le sentier qui tournait ; Joss tendit la main à Mara pour franchir une marche sans accompagner son geste d’un conseil.

De l’autre côté, le paysage s’ouvrit en vallons rouges et pâles. La grande paroi qui les avait arrêtés la veille n’existait plus sous cette forme : ils en voyaient les replis, les éperons et les couloirs. Mara resta quelques secondes sans regarder la carte. Elle avait envie de leur dire que tout cela valait déjà le détour, mais elle n’aurait pas supporté qu’on lui réponde la même chose la veille.

À dix heures, les colonnes de l’Arche Fendue apparurent au fond du deuxième vallon. Elle sentit la joie monter et se força à vérifier le point de vue avant d’avancer.

Deux passages se superposaient. Le premier, large et bas, cachait une arche plus étroite dont le sommet était fendu. En reculant jusqu’à la petite pierre dessinée au premier plan, Mara retrouva exactement leur alignement.

— Là. Regardez derrière.

Nadir se plaça près d’elle. Joss attendit son tour au lieu de se pencher par-dessus leurs épaules.

La languette rouge et blanche se trouvait au pied du second passage. Mara vérifia le numéro et pressa le poinçon dans le carnet. Le petit bruit sec la fit rire. Elle le montra aux deux autres, puis le regarda encore.

— Tu vas dormir avec ? demanda Joss.

— Je vais le garder pour les fois où tu diras qu’on est presque arrivés.

Ils mangèrent à l’ombre. Joss repéra sur sa carte le portique de la veille. Il n’essaya plus de donner une signification à l’attache métallique ; il traça simplement du doigt le chemin qu’ils avaient réellement suivi.

Mara posa son téléphone sur la pierre pour les photographier. Au déclenchement, Joss leva le coude et Nadir se mit à rire. Elle aurait voulu refaire l’image, mais il était dix heures quinze et il leur restait treize kilomètres, par la Dent Rouge, jusqu’au camp de départ.

Vika les croisa au moment où ils refermaient les sacs.

— Alors ?

Joss désigna Mara.

— Elle l’a trouvée.

Vika regarda le carnet, puis lui donna une petite tape sur l’épaule avant de passer. Il la laissa repartir sans chercher à ajouter quelque chose.

5. Le talon de Nadir

Nadir parla de son pied à la pause suivante. Il avait attendu qu’ils soient assis et défit sa chaussure en racontant que ce n’était probablement rien. Mara regardait déjà la distance jusqu’à la Dent Rouge.

— Tu peux marcher ?

— Je vais essayer.

Il s’occupa du talon avec ce qu’il avait prévu. Joss répartit une partie de sa charge et ils ralentirent, mais Nadir dut encore les rappeler dans une dépression : la sortie se trouvait après le coude, pas dans la première pente visible. Mara le remercia. Il sourit avec une fatigue qu’elle prit pour celle de tout le monde.

À treize heures, le bénévole de la Dent Rouge marqua leur troisième contrôle. Il leur rappela le point d’assistance sur le retour. Nadir répondit franchement à ses questions sur le pied ; Mara se sentit presque contrariée qu’il en parle autant alors qu’il venait de si bien les guider.

En repartant, Joss glissa et se retrouva assis sur la dalle.

— Je vérifiais le sol.

Nadir demanda le résultat.

— Toujours là.

Ils rirent, puis se remirent à marcher. Après quelques centaines de mètres, Mara n’entendit plus Nadir répondre aux plaisanteries.

6. La place dans le véhicule

Le retour suivait une large courbe vers le sud-ouest. La grande table rocheuse restait derrière eux, puis à droite lorsqu’ils retrouvaient la plaine du départ. Des traces de roues apparaissaient par endroits. Mara les regardait avec une envie qu’elle n’avait pas éprouvée le matin.

Nadir ne plaisantait plus. À chaque pause, il avançait le pied avant de poser le reste de son poids dessus. Il refusait de regarder la distance sur la carte.

— Trois kilomètres jusqu’à l’assistance, annonça Joss.

— Je t’ai rien demandé.

Joss replia la carte. Mara attendit que Nadir ait bu pour lui proposer de retirer encore un objet de son sac. Il lui donna le paquet de nourriture sans discuter. Ce fut cela qui l’inquiéta.

Ils atteignirent le véhicule à quinze heures trente. Il était garé à l’intersection prévue, à l’ombre d’un panneau. Nadir s’assit avant même de répondre au bénévole qui leur demandait leur numéro d’équipe.

Mara tendit le carnet. Elle l’ouvrit sur les trois marques, comme si les trous pouvaient expliquer pourquoi il fallait trouver une solution.

On s’occupa du pied de Nadir. Joss resta avec lui. Mara s’éloigna jusqu’au panneau, calcula la portion restante et revint. Ils avaient largement le temps avant dix-huit heures.

— Si on fait une bonne pause… commença-t-elle.

Nadir secoua la tête.

Elle s’arrêta au milieu de sa phrase. Il venait de dire non sans lui laisser le temps de rendre la proposition raisonnable.

— Je prends le véhicule, dit-il.

Le bénévole confirma qu’un retour au camp était possible. Il fallait patienter : il attendait le passage d’une autre équipe à ce point. Il nota leur décision, précisa que le parcours ne serait pas validé comme terminé à pied.

Mara regarda l’heure. Il n’était même pas seize heures. Au loin, le terrain s’abaissait ; les derniers kilomètres paraissaient presque doux après les vallons.

— Joss et moi, on peut finir, dit-elle. On t’attendra à l’arrivée.

Nadir baissa les yeux sur son pied.

— Si vous voulez.

Elle se tourna vers Joss. Depuis la veille, elle lui avait expliqué quand attendre, quand écouter, quand cesser de courir contre une autre équipe. Elle était prête à lui montrer le chemin restant comme on présente enfin une évidence.

Il posa son sac contre le véhicule.

— Je reste.

— On peut quand même faire la distance. Pour nous.

— Tu peux, dit-il. Je ne te l’interdis pas.

Mara resserra les sangles de son sac, puis les relâcha. Elle aurait voulu qu’il discute, qu’il lui donne quelque chose à réfuter. Il restait assis près de Nadir.

— Il n’est pas tout seul, souffla-t-elle.

Joss regarda le bénévole, occupé à transmettre des informations, puis Nadir qui défaisait le nœud de sa chaussure avec des gestes minuscules.

— Je sais. C’est ce que je m’étais dit pour Vika.

Mara ne répondit pas.

Nadir releva la tête. Joss s’assit près de lui.

— Elle s’était fait mal à la cheville, il y a cinq ans. On était déjà en retard. J’ai continué vers l’arrivée. Je pensais que si je terminais, il resterait au moins ça.

— Tu l’as laissée où ? demanda Mara.

— Près d’un croisement. Elle devait attendre le bénévole qu’on venait de croiser. Elle a fini par le rejoindre elle-même.

Il passa les doigts sur une sangle poussiéreuse.

— Je suis arrivé avant la fermeture. Tout seul. C’est pour ça qu’on nous a mis hors classement. Pas à cause de sa vitesse.

Mara revit les bols du camp, Vika qui attendait qu’il termine son récit, la carte sortie au bon moment. Elle se rappela avoir rapproché sa chaise pour étudier le passage du lendemain. Vika était restée un moment debout à côté d’eux, puis était partie.

— Tu nous avais raconté qu’elle t’avait fait perdre, dit-elle.

— Oui.

— Tu avais laissé quelqu’un qui avait mal, et c’est elle qui t’avait fait perdre ?

Joss ne chercha pas une autre formulation.

— Oui.

Le groupe électrogène du véhicule se déclencha. Le bruit remplit le silence qu’il venait de laisser. Nadir remit lentement sa chaussure dans son sac.

Mara posa le carnet sur le capot. Elle avait envie de parler encore, de lui faire comprendre tout ce qu’il avait caché. Mais son propre sac était toujours sur ses épaules. Elle avait un pied tourné vers le départ du sentier.

Elle retira le sac.

— Je suis en colère, dit-elle.

— Je sais.

— Pas seulement contre toi.

Elle s’assit de l’autre côté de Nadir. Il ne la remercia pas. Il demanda seulement si quelqu’un pouvait lui passer le paquet de nourriture qu’il lui avait confié.

Ils mangèrent les dernières galettes. Elles étaient molles, trop sucrées, collées au papier. Mara avait rêvé du pain du camp pendant tout le retour ; elle termina pourtant la sienne sans regarder l’heure.

L’autre équipe passa. Le bénévole vérifia les réserves et la direction de ses deux marcheurs, puis reçut l’accord pour les ramener. Ils montèrent tous les trois dans le véhicule. Nadir prit la place où il pouvait étendre un peu sa jambe.

Par la vitre, Mara vit défiler le bout du chemin qu’ils n’avaient pas parcouru. Elle en reconnaissait les repères sur la carte. Elle ne savait pas encore si cela la consolerait ou l’agacerait pendant des semaines.

À seize heures quarante-deux, le véhicule s’arrêta au camp. Éline vint les rejoindre. Elle demanda d’abord comment allait Nadir, puis les accompagna vers l’assistance.

Personne ne les applaudit. On leur apporta trois chaises.

7. La ligne qu’il manquait

Le classement fut affiché près des repas. Vika et son partenaire avaient terminé deuxièmes. Une équipe passée par la Dent Rouge dès le premier matin avait gagné. En face de leurs trois noms, une courte mention indiquait le retour assisté.

Mara resta devant le tableau plus longtemps qu’elle n’aurait voulu. Elle avait compté les week-ends de préparation, posé des jours de congé, acheté ses chaussures après trois essais. Elle savait pourquoi ils s’étaient arrêtés. Cela ne transformait pas aussitôt sa déception en sagesse.

Joss vint à côté d’elle.

— Tu as le droit de trouver ça nul, dit-il.

— Je trouve ça nul.

— D’accord.

Il ne proposa ni un classement imaginaire ni une prochaine course. Ils retournèrent chercher la soupe.

Nadir était installé à l’écart du passage. Il tenait son bol entre ses mains. Quand Mara posa du pain près de lui, il demanda :

— Tu m’en veux ?

Elle faillit répondre trop vite.

— Je suis déçue de ne pas avoir fini. Je ne t’en veux pas d’avoir mal.

— C’est pas toujours facile de voir la différence, quand c’est ton pied.

Elle rapprocha sa chaise. Ils mangèrent. Joss revint avec une deuxième assiette, parce qu’il n’avait pas oublié son opposition de principe aux repas entièrement liquides.

Plus tard, il alla parler à Vika. Mara ne les suivit pas. Elle le vit commencer avec ses mains, comme d’habitude, puis les glisser dans ses poches. Vika l’écouta sans rire. Elle répondit longuement. Quand il revint, il ne raconta pas la conversation comme une réconciliation.

— Elle a entendu, dit-il seulement.

Éline leur rendit leur carnet. Les trois contrôles étaient bien marqués ; la partie de l’arrivée portait l’indication du véhicule. La bande rouge était couverte de poussière. Nadir passa le pouce sur la perforation de l’Arche Fendue.

— Je voudrais garder ça, dit-il.

Mara hocha la tête. Elle avait pensé mettre le carnet chez elle, à côté d’une photographie du départ. Elle chercha dans son téléphone l’image prise sous les colonnes et la lui montra.

On y voyait mal la balise. Joss lui cachait un coin avec son coude. Nadir riait, le visage à moitié dans l’ombre. Mara avait voulu refaire la photo, puis ils s’étaient remis en route.

— Elle est bien, dit Nadir.

Elle la lui envoya sans la recadrer.

Ils passèrent la dernière nuit au camp. Les transports partaient le lendemain. Mara s’allongea tôt, persuadée de dormir aussitôt. Ses jambes continuaient pourtant la marche sous la toile. Elle revoyait la mauvaise porte, puis les deux arches alignées, puis son propre doigt traçant les derniers kilomètres sur la carte, près du pied blessé de Nadir.

Il remua dans son sac de couchage.

— Tu dors ?

— Non.

— Au départ, je pensais que vous m’aviez pris pour compléter l’équipe.

— Nadir…

— Attends. Je dis pas ça pour que tu me répondes un truc gentil. Je pensais vraiment que vous aviez surtout besoin d’un troisième nom sur le carnet.

Elle se tut. Il faisait trop noir pour voir son visage.

— C’est pour ça que j’ai pas parlé de mon pied tout de suite. Je voulais au moins finir.

Mara entendit Joss bouger à son tour. Personne ne dormait.

— Tu nous as trouvés un passage dans la dépression, dit-elle.

— Je sais. Mais j’aurais aimé pouvoir m’asseoir sans avoir à te le rappeler.

La toile claqua légèrement. Mara tira son sac de couchage jusqu’à ses épaules.

— Demain, dit-elle, tu ne portes rien jusqu’au transport. Et tu peux râler si on te demande de choisir une carte pour prouver que tu sers à quelque chose.

Nadir eut un petit rire.

— Je peux râler même sans raison ?

— Joss le fait depuis le départ.

— Je vous entends, dit Joss.

Ils rirent tous les trois, moins fort à cause des tentes voisines. Mara sentit enfin ses jambes se détendre.

Au matin, Joss prépara les sacs sans ouvrir celui de Nadir. Mara lui tendit la grande carte. Il demanda ce qu’elle voulait en faire.

— Garde-la. Mais raconte le bon trajet, cette fois.

Il la plia soigneusement.

Dans le véhicule du retour, Nadir posa sa tête contre la vitre. Le carnet dépassait de sa poche. Mara aperçut la bande rouge, leurs trois noms, les taches sombres laissées par leurs doigts.

Elle avait passé deux jours à vouloir rapporter trois marques dans ce carnet.

Elle regarda les deux hommes assis près d’elle et laissa Nadir dormir.

✦

Fin

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